S’initier à la littérature afro en 3 étapes

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Les noirs ne lisent pas !

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Aujourd’hui, MAW a décidé d’aborder le sujet de la littérature afro. Dans cet article nous espérons en finir avec cette idée, aussi répandue que controversée. Qui que vous soyez et quelque soit votre rapport à la littérature afro, cet article est fait pour vous ! Autant pour les non-initiés que les adeptes, vous trouverez pleins de bon plans pour enrichir votre culture littéraire et pouvoir épater tout le monde à votre prochain dîner entre amis.

Les noirs n’aiment pas lire.

Aux Etats-Unis, un homme nommé Dee Lee avait diffusé à la radio, un article intitulé : “Les Noirs n’aiment pas lire et resteront toujours nos esclaves“. Bien qu’ayant soulevé son lot d’indignations, force est de constater que l’auteur des propos, soulève un certain nombre de réalités qu’il est difficile de nier.

Il faut commencer par rappeler que l’Afrique est majoritairement un continent de l’oralité. C’est dans ce sens, qu’Hamadou Ampâté Bâ, dans le contexte de l’indépendance du Mali, prononçait en 1960 devant l’UNESCO, un discours novateur. Le défenseur de la tradition orale, demandait à l’organisation d’investir dans la sauvegarde des patrimoines culturels oraux africains. Ampâté Bâ déclarait ainsi : “notre sociologie, notre histoire, notre pharmacopée, notre science de la chasse, et de la pêche, notre agriculture, notre science météorologique, tout cela est conservé dans des mémoires d’hommes, d’hommes sujets à la mort et mourant chaque jour. Pour moi, je considère la mort de chacun de ces traditionalistes comme l’incendie d’un fond culturel non exploité.” Aujourd’hui encore, les traditionalistes sont les dépositaires de nombreuses connaissances, qu’ils emportent dans leur tombe.

La diaspora emporte avec elle, hors du continent, certaines caractéristiques de nos cultures. Cet apprentissage basé sur l’écoute des anciens en est un exemple. Ceci pourrait, en partie expliquer la naissance de cette vague idée selon laquelle les noirs n’aiment pas lire.

ETAPE I :  Pourquoi est-il nécessaire que nous nous familiarisons avec la littérature afro ?

Le savoir est une arme

De manière générale, la lecture est essentielle dans la vie quotidienne. Le mode d’emploi d’un produit ou les modalités d’un contrat de travail, beaucoup d’informations ont consignés par écrit et nécessite donc la lecture. Mais plus qu’une nécessité, c’est une activité à part entière. Un loisir dont les nombreuses vertus ne sont plus à prouver. La culture permet d’acquérir de nombreuses connaissances dans des domaines très variés, de développer l’imaginaire et faire travailler notre cerveau. Des études montrent également que la lecture est un puisant arme de prévention contre la maladie d’Alzheimer. Elle permet une activité cérébrale, qui va retarder le déclin cognitif (Jean-François Dartigues, chercheur à l’Inserm et professeur de santé publique à l’université Victor-Segalen de Bordeaux).

Il est particulièrement important pour nous la communauté afro, de lire les œuvres de nos confrères et sœurs, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, combien d’entre vous peuvent citer des littéraires occidentaux, tels que Molière, J. De la Fontaine, Proust ou encore L. Gounelle, sans pouvoir citer un seul auteur africain ? L’école est un facteur clé de notre éducation culturelle, et les œuvres étudiées ne sont que peu diversifiées.

Aujourd’hui, il est temps, de se détacher du formatage scolaire et oser s’aventurer au-delà des sentiers battus. Lire des livres d’auteurs afro, c’est donner de la visibilité et soutenir nos talents. C’est d’autant plus important, de s’ouvrir le champ des visions, et contourner le danger de l’histoire à sens unique (chimamanda adichie the danger of a single story tedx).  C’est l’occasion d’en apprendre plus sur soi, l’Afrique, la diaspora et leur histoire. Lire afro c’est également valoriser la connaissance de nos cultures, et participer à leur essor. Il est temps pour nos enfants et nous même de lire et de lire quelque chose qui nous ressemble.

ETAPE II : Où trouver des livres afro à Paris ?

Pour beaucoup, le premier réflexe serait de se rendre au magasin FNAC le plus près, avant de se rendre compte qu’on a vite fait le tour de la section qui nous est dédiée, tant le choix est limité.

C’est pourquoi nous avons sélectionné pour vous quelques librairies afro, pour retrouver vos nouveaux auteurs préférés. Vous y retrouverez un large choix, de genre et d’auteurs afro, anciens et modernes. Mais surtout vos trouverez des passionnées qui pourrons vous guider dans vos recherches. (Cette liste est non exhaustive).

  • Tamery
    19 rue du Chalet, 75010 Paris
    06 10 82 29 18 / 01 48 03 16 35
    tamery@club-internet.fr
    Ouvert de 10h à 18h (toujours appeler avant)

Bonus : certains auteurs, s’auto éditent, vous pourrez notamment trouver leur livre sur AMAZONE ou lors de différents événements (une raison de plus pour suivre l’actualité des événements sur notre site).

ETAPE 3 : Quelques idées pour commencer …

Nous vous posions la question sur notre page Instagram « quelle sont pour vous, les classiques de la littérature afro ? ». Ainsi, pour vous lancer ou découvrir de nouvelles œuvres, vous trouverez ci-dessous une liste diversifiée d’ouvrages, sélectionnée avec soin par notre équipe et vous-même pour découvrir ou redécouvrir les classiques de la littérature afro. (Il s’agit d’une sélection uniquement francophone).

  1. Felwine Sarr, Afrotopia, 2015

« Dans son essai « Afrotopia », l’économiste et écrivain sénégalais veut en finir avec l’injonction du « développement » héritée du positivisme scientifique occidental. »  Ce livre est un acte de foi en cette utopie active : une Afrique qui porte l’humanité à un autre palier.

  1. Mariama Bâ, Une si longue lettre, 2001.

Ramatoulaye, adresse une lettre à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage. Elle y évoque leurs souvenirs heureux d’étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l’absence de droits des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque alors avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d’amour.

La Sénégalaise Mariama Bâ est la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société.

  1. Frantz Fanon, Peau Noire, Masques blancs, 1971.

“La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc garde toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a comblé le monde, reste un problème d’avenir. Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l’homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser par beaucoup d’intellectuels du Tiers Monde.”

  1. Bigaro Diop, Les contes d’Hamadou Koumba, 1939.

Recueil de contes du Sénégal, transcrits par Birago Diop, d’après les récits du griot Amadou, fils de Koumba. (Membre d’une caste de poètes musiciens, dépositaires de la tradition orale).

  1. Aimé Césaire, Retour au pays natal, Paris, 1939.

“Première œuvre poétique publiée par Aimé Césaire. Elle est l’acte de naissance d’un des plus grands poètes francophones du vingtième siècle, elle comporte pour la première fois l’emploi poétique du terme négritude autour duquel se cristallise un nouveau mouvement littéraire et politique composés d’artistes et intellectuels noirs et fait preuve d’anticolonialisme radical. C’est donc une œuvre majeure dans lequel art, histoire et politique ne peuvent être dissociés.”

  1. Marguerite Abouet, Aya de Yopougon,illustré par Clément Oubrerie, 1er Tome Paru en 2005 (BD en 6 tomes)

“Fin des années soixante-dix, à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan rebaptisé Yop City « pour faire comme dans film américain », vivent Aya et ses deux amies, Adjoua et Bintou. Elles ont dix-neuf ans, l’âge où tout est possible, mais si Aya souhaite devenir médecin, les deux autres sont plus versées dans les soirées au maquis et la chasse au mari. Autour de ce trio choc on croise des personnages aux destins divers, comme Ignace, le père volage d’Aya qui jongle entre plusieurs « bureaux », Moussa, le fils du puissant Bonaventure Sissoko, qui compte sur sa Toyota pour emballer les filles, Fanta et Koro, les mamans qui s’efforcent de protéger leurs filles ou Grégoire, le « Parisien », qui flambe son magot au fameux hôtel Ivoire…”

  1. Scholastique Mukasonga, Notre dame du nil, 2012.

Au début des années 1970, dans un internat catholique pour jeunes filles de bonnes familles du Rwanda, les tensions entre Tutsi et Hutu sous-tendent la vie quotidienne et les soucis des adolescentes. Ce huis clos anticipe le génocide de 1994, mais il se déroule dans les années qui suivent la décolonisation.

  1. Fatou Diome, Le ventre de l’atlantique, 2013

Salie vit en France. Son frère, Madické, rêve de l’y rejoindre et compte sur elle. Mais comment lui expliquer la face cachée de l’immigration, lui qui voit la France comme une terre promise où réussissent les footballeurs sénégalais, où vont se réfugier ceux qui, comme Sankèle, fuient un destin tragique ? Les relations entre Madické et Salie nous dévoilent l’inconfortable situation des « venus de France », écrasés par les attentes démesurées de ceux qui sont restés au pays et confrontés à la difficulté d’être l’autre partout. Distillant leurre et espoir, Le Ventre de l’Atlantique charrie entre l’Europe et l’Afrique des destins contrastés. Car, même si la souffrance de ceux qui restent est indicible, il s’agit de partir, voguer, libre comme une algue de l’Atlantique.

  1. Camara Laye, L’enfant noir, 1953

Laye est un jeune garçon âgé de cinq ans qui vit avec ses parents à Kouroussa, un village de Haute-Guinée. Son père, forgeron et orfèvre, lui enseigne les techniques de son art. Laye rend parfois visite à sa grand-mère qui habite à Tindican, un village voisin. Il y découvre la paysannerie. À Kouroussa, il va à l’école française. Il entre dans l’association des non-initiés, où il apprend la mort de son ami Check. Après avoir obtenu son certificat d’aptitude professionnelle à Conakry, Laye se voit offrir la possibilité de continuer ses études en France. Après hésitations, il finira par accepter cette offre. L’Enfant noir est le premier roman de Camara Laye. Considéré comme « l’un des textes fondateurs de la littérature africaine contemporaine ».

  1. Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture : de l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique Noire d’aujourd’hui, 1954

Avec quarante ans de recul on s’aperçoit que les grands thèmes développés dans Nations nègres et culture, non seulement n’ont pas vieilli, mais sont maintenant accueillis et discutés comme des vérités scientifiques, alors qu’à l’époque ces idées paraissaient si révolutionnaires que très peu d’intellectuels africains osaient y adhérer. L’indépendance de l’Afrique, la création d’un Etat Fédéral continental africain, l’origine africaine et négroïde de l’humanité et de la civilisation, l’origine nègre de la civilisation égypto-nubienne, l’identification des grands courants migratoires et la formation des ethnies africaines, etc., tels sont quelques thèmes principaux explorés par Cheikh Anta Diop, l’historien africain le plus considérable de ce temps.

Quelques bonus !

Et si vous rejoigniez un club de lecture ?

READ ! est le club de lecture des auteurs afro, créé par Laurie, dont nous avions fait un interview en 2017 (Interview de Laurie, Fondatrice du club de lecture afro READ!). Ils se réunissent tous les 2 mois dans des lieux atypiques, pour débattre sur une œuvre. Suivez leur actualité ici.

Et si vous vous lanciez un challenge ?

My reading challenge 54 est un challenge qui consiste à lire 54 auteures africaines de 54 pays africains en 54 semaines. Une merveilleuse idée de Marie-Alix de Putter. Retrouvez toutes les infos sur https://www.myreadingchallenge54.com/.

Mon dernier coup de cœur 

“Lectrice assidue du métro parisien, je n’ai jamais été une grande amatrice de poésie. Pourtant je me suis surprise à acquérir le recueil de poésies de Gael Barboza, Jazz, dans lequel l’auteur retranscrit ses tribulations sentimentales, sociales et poétiques, en tant qu’homme noir en France. Dans cet ouvrage, l’auteur joue avec les mots au rythme des émotions qu’il nous transmet. Vous trouverez forcément un vers qui résonnera en vous comme une évidence … ”

 

Sarah A, Afro reporter.

 

 

 

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