Emmanuel Germain, une découverte artistique

///Emmanuel Germain, une découverte artistique

Rencontre avec Emmanuel Germain, talentueux peintre Afro, d’origine martiniquaise, qui nous propose une vision de son art très personnel et coloré, à découvrir sur son site.


Entretien:

" Renaissance II Bis ", 2015, Acrylique, papier, vernis, 70/50cm. Emmanuel Germain

” Renaissance II Bis “, 2015, Acrylique, papier, vernis, 70/50cm.
Emmanuel Germain

MAW: Nous avons cru comprendre que vous n’avez aucune formation artistique, comment vous est venue cette envie de peindre?


EG: En effet, je n’ai bénéficié d’aucune formation artistique; elles sont, le plus souvent, pas accessibles et de toute manière, je n’y avais jamais pensé; donc si vous voulez, j’ai acquis mes connaissances sur le tas et honnêtement, ce qui m’a avantagé car j’ai toujours été un grand passionné de dessins et de couleurs.  Pour la petite histoire, j’ai commencé par le dessin durant ma petite scolarité, j’étais plutôt doué et les professeurs affichaient les meilleurs dessins dans la classe. A l’époque, il y avait un peintre en Martinique qui s’appelait Daniel DURAGRIN qui représentait les plages de l’île sous forme de calendrier, j’imitais alors son travail en reprenant les mêmes tableaux. J’avais à peine une dizaine d’années et je suppose qu’inconsciemment mon envie de peindre viendrait de là.

Pendant des années, j’avais fait une grande parenthèse de cette période, jusqu’à dix ans plus tard: j’avais eu l’idée d’un cadeau d’anniversaire, que je voulais original, en faisant une toile de A à Z avec du tissu au châssis représentant justement une plage antillaise. Par la suite, ce premier tableau fut le début d’une longue série réalisée dans la même année, en 2006, en ne privilégiant que les petits formats. A l’époque, ma sœur m’avait alors suggéré non seulement de montrer mon travail au public mais aussi d’exploiter des formats plus imposants; j’ai donc enchaîné l’année suivante sur une autre série avec des formats plus importants, en vue de ma toute première exposition.

C’est à partir de là que j’estime vraiment avoir commencé (officiellement) la peinture et je n’ai jamais arrêté de peindre depuis.

MAW: Où et comment avez-vous appris votre technique?

EG: Vous savez, on en apprend tous les jours les uns des autres, on peut éventuellement s’inspirer du travail d’autrui, juste pour s’imprégner des différentes techniques que l’on peut retravailler, revisiter en y intégrant sa touche personnelle… un peu comme ceux qui reprennent les maisons de couture en respectant l’esprit de celles-ci mais en y apportant leur propre style. Pour ma part, je n’ai appris aucune technique particulière, je dirais qu’à force de travail, de persévérance, d’expérience, de curiosité, d’acharnement, on finit par trouver et développer sa propre technique, que l’on peut, par la suite, exploiter à souhait.

Ce qui est magique en peinture, c’est qu’on fonctionne par instinct, rien ne se prévoit, ne se calcule; j’y vais au feeling et même en passant à côté d’une toile, on peut la retravailler.

" Renaissance II ", 2014, Acrylique, 50/40 cm. Emmanuel Germain

” Renaissance II “, 2014, Acrylique, 50/40 cm.
Emmanuel Germain

MAW: Qui sont vos modèles dans l’art (peintres, dessinateurs..) et où puisez-vous votre inspiration?


EG: Je n’ai aucun modèle dans l’art, il y a trop de peintres dont j’apprécie le travail mais aucun qui ne soit pour autant un modèle pour moi, toutes époques confondues. Pour citer quelques uns, je pense à Jean Michel Basquiat, je me reconnais un peu en lui pour la folie de ses couleurs mais aussi pour son parcours; sans oublier l’un des plus grands peintres français encore vivant en la personne de Pierre Soulage, pour son travail sur la couleur noire que je trouve absolument impressionnant. Et nombre de grands peintres impressionnistes tels que Cézanne, Renoir, Monet et j’en passe.

Les couleurs m’inspirent déjà  en elles mêmes, elles me parlent. Quand bien même je n’ai pas au préalable de ligne directive sur l’élaboration d’une toile, il suffit que j’apporte les premières touches de couleurs pour que tout s’enchaîne automatiquement, et le tableau commence à prendre forme. Donc je ne dirais pas que j’ai une inspiration particulière. Il peut arriver que je sois inspiré par une photo: je citerais donc un exemple car il reste une exception, souvenez vous de la célèbre photo de Robert Doisneau en noir et blanc ” le baiser de l’hôtel de ville “, j’ai réalisé que je ne l’avais encore jamais vu sous forme de toile et j’ai eu envie de me lancer ce défi.

Etrangement la colère, l’amour, la tristesse sont des sentiments  qui peuvent aussi de véritables sources d’inspiration pour moi, comme cela pourrait être le cas pour les auteurs de chansons.

MAW: Que peignez-vous? Et pourquoi peignez-vous? Qu’est ce que cela vous apporte et dans quel but le faites-vous?

” Nuit sur la Seine “, 2016, Acrylique, vernis 80/60cm. Emmanuel Germain

” Nuit sur la Seine “, 2016, Acrylique, vernis 80/60cm.  Emmanuel Germain

EG: Au début, comme je l’ai précédemment évoqué, je faisais beaucoup de peintures figuratives, est-ce propre à toutes personnes qui débutent? Je ne saurais l’affirmer mais ce qui est sûr, dans mon cas, mon travail a considérablement évolué (inconsciemment) vers la peinture abstraite, que je préfère car elle a plus de force, plus de magie, plus de caractère et plus d’intérêt. Elle vous oblige à la décoder donc à faire travailler votre imagination, bref elle est plus moderne à mon sens.

Je peins simplement par pur plaisir, pour mon bonheur; cela me permet de m’évader d’une certaine façon; et en effet, je me sens plus libre de faire ce que je veux, j’ai l’impression que rien ne peut m’atteindre et c’est surtout une indéniable sensation de plénitude absolue que j’éprouve en peignant; ce que j’apprécie. J’aime partager ce travail qui m’apporte ce bien-être, le montrer, l’exposer, l’expliquer, puisque c’est un excellent moyen d’expression mais aussi une occasion d’initier certains! Cela serait dommage de tout garder pour moi, c’est sans intérêt sinon.

En peinture, la limite n’existe pas et c’est cela même que je trouve intéressant, il y a en permanence des choses à voir, à exploiter, à partager et à réaliser, notamment en terme de nouvelles techniques et surtout au niveau des couleurs: de nouvelles arrivent sur le marché constamment.

MAW: Exposez vous vos oeuvres? Si oui, où quand? Si non, pourquoi?


EG: J’ai fait parti un temps de l’association Artistique de la Préfecture de Police à Paris qui m’a d’ailleurs décernée le deuxième prix peinture en 2011, soit  un diplôme d’honneur signé de la main du préfet et une médaille d’argent. Cette association propose deux expos par an, une en début d’années et l’autre en fin d’années, qui inclut peintures, dessins, poèmes, sculptures et photos; et ces expos ont lieu dans les salles de fêtes des différentes mairies parisiennes.

A noter que mes expos personnelles restent rares, faute de moyen; cela étant, j’ai partagé ma première expo avec une amie elle aussi peintre, en proposant une soixantaine de toiles, il y a environ neuf ans; puis une autre, trois ans plus tard, seul, en réunissant quarante toiles.

"Évasion II" 2013, Acrylique, vernis, 40/30 cm. Emmanuel Germain

“Évasion II” 2013, Acrylique, vernis, 40/30 cm.
Emmanuel Germain

MAW: Vendez-vous vos tableaux? Comment estimez-vous leur valeur?


EG: Je vends effectivement mes toiles même si cela reste une activité parallèle; et pour estimer leur valeur, je me base alors sur le temps de réalisation, dans certains cas le format, la composition et le thème de la toile. Ce n’est pas parce qu’une toile est plus petite qu’elle sera forcément moins coûteuse qu’une autre qui aura un plus grand format par exemple; elle sera justement plus cher car elle aura exigée deux fois plus de travail, ce qui par conséquent justifiera son prix. Inversement une plus grande qui justifiera moins de travail sera dans ce cas à moindre coût.

MAW: Avez-vous des projets en cours? Pouvez-vous nous dire plus sur votre activité d’artiste?


EG: En ce moment je n’ai aucun projet particulier, en tout cas pas d’expo en vue, si ce n’est qu’en ce moment, je travaille sur un nouveau tableau. Ce qui est sûr, c’est que quand vous avez des commandes, exposer devient par conséquent secondaire; même si c’est toujours valorisant de montrer son travail.

Vous savez, on peut peindre pendant dix ans sans forcément exposer.

Même si  ce n’est pas ma principale activité, je suis toujours à l’affût de nouvelles techniques, en quête permanente de nouvelles idées; je me tiens au courant des nouvelles couleurs qui se renouvellent sans cesse et je m’enrichis également en visitant d’autres expos; j’échange aussi avec d’autres peintres, c’est toujours enrichissant, et je suis très sensible à tout ce qui m’entoure car pour moi le moindre détail peut avoir son importance, ce qui ne sera pas nécessairement une évidence pour un œil moins exercé.

2017-01-06T16:56:03+02:0018 septembre 2016|Categories: Actualités, Interview|Tags: , , , , |Commentaires fermés sur Emmanuel Germain, une découverte artistique