Entretien avec Christelle KEDI: focus sur les blackthérapies

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Bkedi1onjour Christelle, peux-tu parler rapidement de ton parcours ? 

Mon parcours est simple. Je suis artiste-maquilleur et styliste de photographie de métier. Aujourd’hui je suis directrice artistique mode. Née à Paris, francilienne jusqu’à l’obtention du bac, j’ai pris quelques années sabatiques afin de voyager et surtout m’intéresser à l’histoire de mon peuple au travers d’organisations activistes de l’ère pré-Internet.La manifestation hebdomadaire du mercredi soir 18h devant l’ambassade américaine afin de faire sortir Mumia Abu Djamal du couloir de la mort, j’y étais.

J’ai aussi fait acte de présence pour le renvoi des restes de la Vénus Hottentote en Afrique du Sud (pétition et manifestation devant le Musée de l’Homme).L’église Saint Bernard, le collectif de 1998 qui a mène à la loi Taubira (vote en pleine nuit) et à la création d’un jour férié en l’honneur des Africains déportés vers les Antilles Françaises: le 10 Mai, j’y ai également participé.Bref, jeune adulte, j’étais sympathisante puis activiste en formation.

J’ai ensuite quitté la France pour aller étudier en Angleterre  car les universités Britanniques sont mondialement réputées pour leur éducation artistique.

Pourquoi avoir lancé les Blackthérapie en France? 

Les BlackTherapies sont calquees sur les Black Talks Londoniennes qui existent depuis près de 20ans Outre-Manche.

Créées par un monsieur que j’admire, les Black Talks sont des conversations publiques doublées de présentations académiques réalisées exclusivement par‎ des femmes noires spécialisées dans certains domaines. C’est une initiative mensuelle qui aujourd’hui à Londres attire des centaines de personnes à chaque séance. Les Black Talks informent les citoyens de certaines réalites vécues au sein de la communaute Afro-descendante vivant au Royaume-Uni et par extension dans le monde anglophone.
Les BlackTherapies aspirent à feminiser la parole ‘savante’ en espace Francophone afin que les femmes participent aussi aux débats concernant les Afro-descendants vivant hors d’Afrique.

kediPourquoi avoir choisi de parler des FEMMES, de l’ AFRIQUE notamment place des femmes dans les sociétés africaines (matriarcat) ?

J’ai choisi de développer la 1ere série de BlackTherapies autour de la notion de matriarcat car j’ai tristement constaté que les générations devenues ‘activistes’ après la création des réseaux sociaux ne comprenaient pas la différence entre société matriarcales et patriarcales – leurs rapports respectifs avec le féminisme et enfin la définition de mots tels que Mysandrie ou Gynocentrisme étaient méconnus…

Cette absence évidente de lectures et connaissances de base a fini par développer une nébuleuse d’associations se focalisant sur un mouvement sympathisant à l’égard de l’expérience Afro-descendante en France.

En aucun cas l’activisme avec des idées claires et des actions concrètes n’a pu émerger de ces nombreuses initiatives: Exhibit B au Royaume-Uni n’eut pas lieu à cause des activistes qui, formés intellectuellement, ont pu motiver leurs arguments face à la Mairie de Londres qui céda après 2 semaines.

Les récents scandales autour de ces rencontres dites ‘Afrofeministes’ en non-mixite, n’auraient pas eu lieu si les fondatrices de ces organisations s’étaient inspirées de personnages activistes sur des sujets similaires en Afrique néo-matriarcale au lieu de penser ces problématiques sur la base d’un paradigme Afro-Américain et par definition post-moderniste…

Etudies-tu les mouvements sociaux en France et en Angleterre ? Comment expliques-tu cet engouement récent pour le mouvement Afro Féministes en France ?

Je n’étudie pas les mouvements sociaux en Angleterre ou en France car je ne suis ni sociologue ni anthropologue. En tant que directrice artistique a mon compte, je me dois de comprendre les sociétés occidentales dans lesquelles ‎j’ai le plus évolué.
Ayant passé la majorité de ma vie professionnelle à Londres (capitale du monde anglophone d’ailleurs, pas NYC comme trop souvent préjugé!), je me dois (comme tous les pros dans l’industrie du Beau) d’observer les mutations socio-contemporaines qui affectent à la fois le rapport aux corps féminins et masculins mais aussi le développement ou ralentissement de la consommation de vêtements, produits cosmétiques et services annexes.
Cette observation constante fait partie intégrante de mon travail. Mon rôle est de calibrer mes projets en fonction du brief d’un client, tout en considérant d’autres facteurs déterminants comme la société, l’économie, les arts graphiques…

Qu’en est il Outre Manche ?

Au Royaume-Uni, le Black Feminism concerne majoritairement des groupuscules estudiantins qui découvrent certains auteurs (et quelques théoriciens tout de même) quasi-exclusivement Afro-Américains.
A Paris, ce mouvement sympathisant vieux de quelques mois seulement (j’ai du mal à évaluer leurs actions dans le temps car elles sont soit peu claires, soit encore en cours), est loin de l’activisme épris de justice d’Afro-descendantes telles que Nawal El Sadaawi (Egypte) ou encore Ama Aidoo (Ghana) qui toutes deux réfutent jusqu’à aujourd’hui le qualificatif de ‘féministes’.
Etre activiste, femme et instruite ne signifie pas être féministes si on évolue hors d’Europe! Ce qui m’insurge c’est que les Afro-Américains ne représentent que 4,3% du monde noir. Sont-ils vraiment légitimes pour être pris en exemple par des Afro-descendants en Europe issus pour leur grande majorité, de l’immigration ?

Nous avons pu assister à la première Blackthérapie que nous avons trouvé vraiment très enrichissantes. Nous avons particulièrement appréciée tes multiples invitations à aller chercher/vérifier par nous même les informations partagées.  Ta Culture Générale sur les peuples d’Afrique est extrêmement riche ! Comment tu nourris tes connaissances ?

Je suis passionnée par mon continent qui est celui de mes aieuls. J’en suis amoureuse depuis l’adolescence.

Je lis plus d’essais que de romans. Cela se répercute sur votre capacité de synthèse et d’analyse. Les ‘voyages’ deviennent complémentaires de ces expériences de lecture. Un essai est une pensée motivée. Un
roman même écrit par un Afro-descendant, est un divertissement‎… A moins d’être pensé et mise en page en langue Africaine, le livre romanesque ne peut être aussi riche intellectuellement parlant.

Quels sont les 2 livres que tu nous conseillerais pour en connaitre plus sur le matriarcat ?  

Je conseillerai l‘unité culturelle de l’Afrique Noire de Cheikh Anta Diop et Les yeux d’Eve de Nawal El Sadaawi.

Merci à la rédaction et à la prochaine BlackTherapie!


Prochaine séance Blacktherapie, le Samedi 25 Juin à la boutique Design à la source
blacktherapie

2 Comments

  1. Ambroise Bulambo 9 juin 2016 à 12 h 22 min ␣- Répondre

    J’adore tes initiatives. Nous sommes malades!

  2. kanyinda 27 juin 2016 à 19 h 38 min ␣- Répondre

    Il s’agit bien entendu d’un point de vue, c’est un peu court de dire que le roman ne peut être qu’un divertissement.
    Certains essais sont mal écrits et mal argumentés à la différence de certaines histoires romancées qui relatent une réalité historique ou sociologique.
    Lire un roman de Maryse Condé, c’est comprendre l’histoire des français originaires des Antilles,c’est comprendre la société française, la place de la famille, celle de la femme…on ne peut pas limiter la littérature romancée à un simple divertissement.

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