Pearl, entre partage, échange et création

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My Afro’ Week a eu l’opportunité de s’entretenir avec la jeune et talentueuse artiste graffeuse Pearl, aussi connue sous le nom de Perlita, qui nous offre ici une interview exclusive rien que pour vous. Son talent unique vous transporte dans un univers multiculturel que nous vous invitons à découvrir sans tarder.

Qui est Pearl: graffeuse originaire de Paris et artiste membre des collectifs Bruxas et Essencia Arts Collective. Elle commence le graffiti en 2004, à travers le lettrage, avant de se spécialiser dans la réalisation de portraits. Puisant son inspiration dans l’esprit et l’esthétique de l’art africain, qu’elle fusionne avec celui du graffiti, elle crée des récits visuels qui célèbrent la femme noire et questionnent l’identité dans un contexte multiculturel. Au-delà de son travail artistique, PEARL utilise la peinture dans le but de sensibiliser et fédérer le public autour de problématiques sociétales. Considérant l’Art comme un levier de développement social et d’émancipation, elle crée des espaces de rencontres, d’échanges et de pratique le temps d’ateliers participatifs.


ENTRETIEN

MAW: Pourquoi le live painting? Peux-tu nous parler de ton parcours, artistique?

Pearl: J’ai commencé le graffiti en 2004. Au départ je posais mon nom sur les murs mais très vite, j’ai eu envie de réaliser des portraits.
Le live painting est venu à moi naturellement. On me demandait régulièrement s’il m’était possible de réaliser une peinture sur un mur ou sur une toile pendant un évènement.

MAW: Qu’en est-il du regard du public? Comment gères-tu le fait de travailler sous le regard de gens qui t’observent? Comment vis-tu la pression autour du fait que tu dois prendre en live?

P: La manière dont j’appréhende la peinture, lors d’un évènement est différente de ce que je fais en temps normal.
La rue est mon terrain de jeu, peu importe le spot ou le pays, quand je suis face au mur et que je commence à peindre, je suis dans mon élément.

En revanche, la prestation évènementielle ajoute un cadre, de nouveaux paramètres à prendre en compte : le respect du thème, les attentes des organisateurs mais également celles du public et toutes les contraintes techniques relatives au lieu, au choix du support et des outils.

Tout cela ajoute une pression que j’ai appris à gérer avec le temps. Mais je dois avouer que j’ai toujours un peu le trac avant de commencer chaque live.

Lorsqu’on travaille dans l’espace public, on est habitué au regard des gens. Ils sont curieux et se posent des questions sur ce qu’on est en train de réaliser. Peindre dans la rue rend les artistes accessibles et permet d’échanger facilement avec le public.

Durant un live, je suis amenée à peindre dans un temps imparti. Le fait d’être programmée sur un évènement me rend beaucoup moins accessible. Le public regarde « l’Artiste » en train de travailler. Je sens qu’ils sont intrigués et qu’ils s’interrogent sur ce que je vais faire. C’est cette distance entre le public et moi pendant les évènements que je trouve parfois intimidante.

 

MAW: Et les ratés? Y en a-t-il? Comment les abordes-tu ou comment les évites-tu?

P: Cette question m’a rappelé mon tout premier live painting. C’était en mai 2010. Shuck One m’avait invitée à peindre pour la Journée Nationale de la Traite, de l’Esclavage et de leurs Abolitions qui se déroulait au Jardin du Luxembourg.

À cette époque j’avais peu de peintures à mon actif.. Je me suis retrouvée aux côtés d’artistes talentueux tels que Darco, Banga, JayOne et Yz, pour ne citer qu’eux. J’avais la boule au ventre, une pression de dingue!! D’autant plus qu’il y avait de nombreuses personnalités politiques mais aussi des artistes, des comédiens, des sportifs ainsi que les médias. C’était impressionnant.

J’avais préparé un sketch, il s’agissait d’une femme noire qui brisait les chaînes qu’elle avait aux poignets.

Une fois devant la toile je ne savais plus quoi faire. C’était comme si je ne savais plus peindre! Pour moi ce fut un gros loupé, le résultat n’était pas du tout à la hauteur de ce que je voulais faire. À la fin de la performance, les personnalités politiques, suivies des journalistes, faisaient le tour des œuvres et chaque artiste expliquait sa création.

J’en garde néanmoins un bon souvenir. L’opportunité d’avoir participé à un tel évènement, alors que je n’étais qu’au début de mon aventure artistique. De belles rencontres notamment Christiane Taubira et Lilian Thuram… Et aussi l’inspiration et la motivation transmises par les autres graffeurs.

Cet évènement a été très formateur. Je n’ai pas vraiment eu de ratés depuis. En général je prépare ma performance quelques jours voire quelques heures avant. Si besoin, je fais des recherches iconographiques pour compléter mon sketch. J’emmène toujours une boîte de pastels gras. J’aime peindre à la bombe mais le pastel me permet d’avoir un lien direct avec la toile et de travailler les détails. Les peintures que j’ai réalisées jusqu’à présent me permettent d’appréhender les lives plus facilement.

MAW: Dirais-tu que tu fais de la peinture « afro »? Je sais bien que non, aux vues de ton travail varié, mais tu peins souvent des femmes, Noires (mais pas que), pourquoi cette influence afro dans ton travail?

Karaba Bruxa. By Pearl

P: Je vois les choses de ma propre perspective : celle d’une femme noire, née à Paris, élevée dans un environnement franco-nigériano-congolais. Mon univers est composé de femmes noires, belles, charismatiques… mais pas que.

Je ne suis pas en faveur des étiquettes, d’ailleurs, si je me définis en tant que femme noire, c’est parce qu’on a l’habitude de raisonner depuis un autre cadre de référence.

Je souhaite juste partager ma vision, ma réalité. Une réalité qui reste peu représentée dans la peinture mais qui parle quand même à de nombreuses personnes.

Pearl, une artiste à suivre…

2017-03-21T02:09:32+00:00 21 novembre 2016|Categories: Actualités, Coup de coeur, Interview|Tags: , , , , , |Commentaires fermés sur Pearl, entre partage, échange et création