Béni Kongo aime son visage et il nous en parle

///Béni Kongo aime son visage et il nous en parle

Béni Kongo, jeune auteur et blogeur nous présente son ouvrage « comment aimer son visage » où il décrit son parcours vers l’acceptation de son vitiligo.

« J’avais beaucoup de mal à aimer mon visage, je me sentais laid et j’avais honte de cela. Mes recherches dans le domaine de la psychothérapie ou encore du développement personnel m’ont permis de découvrir, et d’ expérimenter une technique qui m’a aidé à surmonter ce problème.« 

Dans cette interview, nous revenons  sur son parcours, sa vision sur l’amour de soi et  la technique qui a changé sa vie. A découvrir dans son livre.


INTERVIEW

pochette-livreMAW: Dans ce livre transparaît ton expérience personnelle, de ton vitiligo à ton « acceptation de soi », qu’est ce qui motive ta démarche? 

NBK: Je crois que nous avons l’objectif, sinon le devoir, de partager avec les autres ce qui nous a aidé et nous aide à mieux-vivre. Dans mon livre, j’explique comment je suis parvenu à accepter et aimer mon visage alors que je ressentais du dégoût à son égard, à cause de mon vitiligo.

MAW: Pourquoi partager ton expérience, quel but espères-tu atteindre avec ce livre? 

NBK: J’ai expérimenté durant plusieurs mois une technique thérapeutique, la technique du miroir, et grâce à celle-ci, j’ai commencé peu à peu à accepter mon visage, à l’aimer et me sentir beau avec mon vitiligo. Lorsque je suis parvenu à me libérer du sentiment de dégoût, de « mocheté » que je ressentais à chaque fois que je regardais mon visage dans le miroir, j’étais si enthousiasmé, si content que je voulais en parler autour de moi et aider d’autres personnes, qui comme moi se sentent moches.

MAW: Quel public cibles-tu?

NBK: A travers ce livre, je vise toutes les personnes qu’elles soient blanches, noires, arabes, asiatiques, qui se sentent moches et souhaitent apprendre à aimer et accepter leur visage. Et surtout des personnes qui ont le vitiligo sur le visage.

MAW:  Pourquoi un « livre » et non pas un essai ou un post sur un blog ?

NBK: A l’origine, le livre a été publié en format ebook, car il est relativement court. Je trouvais que ce format était pratique et accessible. Après, la version papier est aussi disponible.

MAW: Pourquoi (cf page 33) penses-tu que la « méthode du miroir »  fonctionnera à coup sûr? 

NBK: Si le problème du désamour porte spécialement sur une partie de notre visage qui nous empêche de l’aimer et de nous sentir beau ou belle, alors la technique du miroir si elle est bien appliqué peut fonctionner à coup sûr. Cette technique  modifie notre image intérieure.

Elle supprime les pensées et sentiments négatifs que nous répétons et ressentons par rapport à notre visage, à cause d’un gros nez, de grandes oreilles, un gros front ou, comme c’était dans mon cas, d’une tâche. Et une fois les sentiments (comme la honte, le dégoût ou la colère) et les pensées négatifs supprimés, il sera désormais possible d’aimer et d’accepter son visage tel qu’il est, sans critiques et jugements. On peut alors se sentir beau/belle comme on est.

La technique du miroir est très efficace quand il s’agit de travailler sur l’estime de soi ou l’amour de soi. Elle a fonctionné pour moi, et plusieurs personnes l’utilisent pour se réconcilier avec leur « image de soi ». D’ailleurs un webzine postait sur  facebook la vidéo d’un afro-américain qui faisait répéter des affirmations positives devant le miroir à sa fille, pour l’aider à développer une meilleure estime d’elle-même. C’est la même méthode dont je parle dans mon livre.

MAW: Il est vrai que dans ton cas, le ‘désamour’ vient d’abord d’une particularité physique, qu’en est-il de ceux dont la particularité n’est pas visible, ou de ceux dont la cause du mal être n’est finalement même pas connu…

NBK : Concernant, la deuxième partie de la question, je dirais qu’il n’existe aucune méthode qui soit universelle et fonctionne sur tout le monde, et sur toutes les problématiques.  Elle est très efficace pour résorber les problèmes liés à l’amour et l’estime de soi.

Cependant, comme toutes les méthodes de psychothérapie, elle a ses limites. En effet, certains problèmes liéss à l’amour de soi proviennent des blessures beaucoup plus profondes, des blessures qui sont parfois liées aux mémoires familiales. J’entends par mémoires des programmes inconscients hérités de nos parents, grand-parents, qui nous influencent à notre insu. Et dans ce cas, il faut utiliser d’autres méthodes plus puissantes telles que l’EFT (Émotionnel Freedom Technique) ou l’hypnothérapie par exemple.

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MAW: Compte tenu de la pression sociale et sexuelle mise sur les femmes en particulier. Penses-tu que ton travail pourrait être aisément accueilli par la gent féminine?

NBKIl règne une certaine dictature de la beauté dans notre société. On exige de la femme qu’elle  soit aussi belle que les mannequins et les célébrités dont nous savons parfaitement qu’elles ne sont pas naturelles et font régulièrement de la chirurgie esthétique et leurs photos sont « photoshopés ».

À cause de cela, beaucoup de femmes dissimulent leur visage derrière des tonnes de maquillage, s’adonnent à des pratiques dangereuses pour éclaircir la peau etc. Elles se comparent aux célébrités et beaucoup ne parvenant pas à atteindre cet idéal factice de beauté aiment de moins de moins leurs visages, leur corps et se sentent « moches ». En effet, elles ne voient plus leur beauté intrinsèque et ne savent plus l’apprécier.

Je ne sais pas si cet ouvrage sera accueilli aisément par la gent féminine, il y aura certainement beaucoup de réticence car parler d’amour de soi, c’est parler de son intimité,  et cela n’est jamais simple. Mais je pense que beaucoup de femmes souhaitent apprendre à aimer leurs visages et leurs corps et ainsi cesser de se conformer aux canons de beauté imposés par la société.

La chanteuse Alicia Keys ou la réalisatrice australienne Taryn Brumffit, avec son documentaire Embrace, incarnent ces nouvelles femmes qui désirent assumer leurs imperfections et refusent de céder à cette dictature. Et c’est une très bonne chose à mon sens!!

MAW: Ton texte nous rapelle une vidéo vu sur le site BuzzFeed. En faisant un parallèle avec cette vidéo, nous nous demandons si ce n’est pas plus facile pour un homme d’effectuer ce type de travail sur soi, que cela ne le serait pour une femme ?

Elle est géniale cette vidéo, c’est vraiment le message que je souhaite transmettre à travers mon livre : se donner la permission de s’aimer avant que les autres nous aiment.

Après, est ce plus facile pour un homme d’effectuer ce type de travail sur lui ? Je ne suis pas si sûr. Nous avons une conception de l’homme hérité de l’Occident matérialiste, c’est-à-dire, un être virile, fort et qui doit réprimer ses sentiments.

Dans la tradition ancestrale africaine, l’homme comporte une dimension féminine et masculine, chacune des parties est importante et ne peut être occultée ou négligée sans quoi, la personne risque de connaître un déséquilibre intérieur.

Je crois que parler d’amour de soi, revient à parler de cette partie intime de notre être. C’ est exprimer et accepter notre vulnérabilité. Ou pour le dire autrement, accepter la femme ou l’homme qui est en nous. Mais pour beaucoup d’hommes c’est une marque de faiblesse. Dans la communauté noire, un homme qui ose exprimer sa sensibilité  est même qualifié de «negro fragile». Il y a toujours ce stéréotype, gravé profondément dans l’inconscient collectif. Alors qu’ il n’y a pas de honte à  être sensible.

La conséquence est que nous avons des hommes qui peinent et sont incapables d’exprimer leur sentiments, ils sont obligés de se cacher pour pleurer.  En refoulant notre sensibilité, on se coupe de notre partie féminine  et donc de la douceur, la tendresse et la créativité.

Nsémi Béni Kongo

Nsémi Béni Kongo, enfant

MAW: En ce qui concerne « l’amour de soi pour pouvoir aimer quelqu’un d’autre », n’est-il pas réellement possible d’aimer quelqu’un sans s’aimer soi ? D’un point de vue uniquement affectif. 

NBK: J’ai envie de dire tout est possible.  Après cela dépend vraiment de la définition que chacun se fait de  l’Amour.

Pour ma part, j’ai du mal à concevoir que l’amour puisse être malsain car par définition celui-ci est nécessairement sain, sinon c’est autre chose donc certainement pas de l’amour. Là où il y a l’amour réel, il y a la paix, l’harmonie et la joie. Ce qui est malsain ne peut procurer tout cela, bien au contraire. Alors, je ne pense pas que l’on puisse vraiment aimer une autre personne si l’on ne s’aime pas soi-même au préalable. De plus, nous ne pouvons pas donner ce que l’on possède pas.

MAW : Il sera en effet difficile de recevoir l’affection de l’autre et de croire en sa sincérité, mais n’est il pas possible de justement s’immerger dans un amour pour l’autre, sans pour autant avoir de l’amour ou de l’estime pour soi. Ce serait un amour « malsain » mais réel et authentique. Qu’en penses-tu ?

Pour finir, Maya Angelou disait : «  je me méfie des gens qui ne s’aiment pas qui me disent je t’aime ».  Et je suis d’accord avec elle, car le manque d’amour pour soi-même crée justement un trouble affectif, et on parlera ainsi d’amour malsain, mais selon moi cette expression n’est pas juste.  Il s’agit d’un attachement affectif, et en aucun cas nous pouvons parlé d’amour. Après, tout dépend de la définition que chacun donne de l’amour.

Merci Béni.

2017-01-06T16:55:23+00:00 20 octobre 2016|Categories: Actualités, Interview|Tags: , , , |Commentaires fermés sur Béni Kongo aime son visage et il nous en parle